21ème congrès de Cobaty
Nîmes
5/8 Octobre 2006

Suite page 2

Valoriser le patrimoine sans créer une ville-musée
Les intervenants à la première table ronde ont été unanimes : d'un côté la ville patrimoniale ne doit pas devenir un musée ; de l'autre, c'est souvent le patrimoine historique d'une cité qui lui donne son identité et permet à ses habitants de s'y reconnaître. Ainsi, pour Denis Grandjean, directeur de l'ENSAN (Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Nancy) : " A la disposition de tous, visible par tous, le patrimoine architectural peut être un premier pas vers l'accès à la culture ". Ce que confirme Jean-Paul Volle, géographe et professeur à l'Université de Montpellier III : " Il y a quelque chose de puissant derrière le concept de patrimoine ; c'est comme s'il avait envahi l'imaginaire social ". Mais attention à ne pas se laisser " étouffer " par son patrimoine comme l'a bien montré l'exemple de Sienne, une ville de tourisme de masse (6 millions de visiteurs par an pour… 54 000 habitants) qui cherche à créer d'autres activités (artisanat, petites industries…).

Suite 3

Architecture contemporaine en centre ancien
Alors - et c'était l'objet de la deuxième table ronde - comment intégrer l'architecture actuelle en centre ancien ; et, puisque la ville s'est toujours construite sur la ville, que doit-on conserver ? Bien sûr, toutes les villes ont un patrimoine qu'il n'est pas question de "toucher " sauf pour les maintenir en l'état (monuments historiques). Mais pour tout le reste où placer le curseur entre ceux qui veulent tout détruire (en s'arrogeant le droit de juger…) et ceux qui veulent tout conserver (sous prétexte que tout est patrimoine…) ?

Selon Fabricio Minuti, Maire adjoint à l'Urbanisme et aux transports à la Ville de Sienne (dont les propos ont été traduit par Renato Caronna, Président de Cobaty Trieste), " la restructuration de la ville est en cours car l'adaptation aux besoins actuels est nécessaire, sans pour autant déraciner le passé ! " Denis Grandjean qui se dit fervent défenseur du dispositif de protection du patrimoine, soutient " l'invention en France d'un système de protection qui soit plus à l'écoute des pouvoirs locaux.
Les maires défendent tous la nécessité de la présence de l'Etat dans le dispositif, mais de petites modifications en petites modifications, le projet fini par être écarté ! " Pour JP Volle, les propos des intervenants " démontrent bien que les trésors subis sont récupérés comme élément de modernité. Nous avons souvent une vision figée du passé. Mais le grand défi est bien de dépasser cette conception. " A la question de Didier Adès, " Fabrique-t-on du patrimoine ? ", le géographe a répondu sans hésitation : " Bien entendu, tous les jours ! On peut tout garder. " Et de citer pour exemple, le Musée International d'Art Modeste (MIAM) de Sète. " Une société qui ne vivrait que sur son patrimoine serait une société qui se meurt ! "
L'architecte italien Andrea Bruno l'a très bien dit : " L'authentique sauvegarde de la ville est la modification en continue tout en veillant à faire des additions compatibles. Cela a été le cas quand, à Nîmes, j'ai transformé le Fort Vauban en une université ". Un sentiment partagé par Gérard Monnier, docteur ès lettres, pour qui l'inscription d'une architecture actuelle dans un centre ancien doit avoir une valeur ajoutée. Et de citer la pyramide du Louvre et sa valeur d'usage (fort et utile signal de l'entrée du musée), la Gare d'Orsay (que certains voulaient détruire…) ou le Carré d'art (Nîmes) bâti sur une friche. " Les mentalités ont évolué. Le mythe de la beauté par l'unité a laissé aujourd'hui la place à un désir de valeur ajoutée par l'intégration de bâtiments nouveaux dans l'espace ancien. " L'animateur des débats s'est ensuite tourné vers Andréa Bruno : " Faut-il respecter l'originalité et la destination première du patrimoine ? ". L'architecte italien considère que " Le mot clef demeure l'authenticité. La décision est difficile à prendre car elle doit faire appel à un consensus… " Et Daniel Le Couedic, architecte, de conclure : " Il faut considérer la ville comme une œuvre en soi et élargir le concept de patrimoine."